Erreurs factuelles : Bouillane de Lacoste et les Illuminations [à suivre]

Dès le premier paragraphe de sa thèse portant sur le recueil factice Illuminations, Bouillane de Lacoste pose un postulat de départ faux, en écrivant : « On se propose de résoudre ici un captivant problème d’histoire littéraire. Il s’agit de fixer la date relative des deux derniers ouvrages composés par Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer et les Illuminations ».

Balayant d’emblée un point reconnu comme problématique (à savoir le contenu même du recueil factice Illuminations), il se pose ainsi la question de la datation des textes. Or, comment est-il possible de dater un recueil sans s’accorder sur le contenu même de ce recueil ? Bouillane de Lacoste simplifie le problème en partant du présupposé selon lequel les Illuminations seraient la somme des textes en prose publiés dans la revue La Vogue en 1886 ainsi que les proses (à une exception près) ajoutées dans l’édition Vanier.

Un autre problème, plus important encore, de sa démonstration est l’étonnante confusion qu’il opère systématiquement entre date de copie et date d’écriture. La plupart des textes en prose peuvent en effet facilement être datés de l’époque du compagnonnage d’Arthur Rimbaud avec Germain Nouveau, commencé à Paris puis achevé à Londres en 1874. Cette datation repose sur un élément incontestable : la présence de la main des deux personnes dans les feuillets paginés tardivement de 1 à 24. Pour autant, s’il est possible de dater ces copies de cette époque, il est en revanche hâtif de dater la production de ces textes de cette époque : ils ont pu avoir été composés le jour même aussi bien que plusieurs jours, mois, voire années auparavant. Seule la critique interne permettrait d’apporter des éclaircissements sur cette question que néglige intégralement Bouillane de Lacoste. Par ailleurs, tous les textes rassemblés dans le recueil factice Illuminations n’ont pas été copiés à ce moment.

Sa tentative de datation repose en outre sur un principe idéologique : réhabiliter Verlaine, qui espérait qu’après Une Saison en enfer (recueil dans lequel Rimbaud se montre assez sévère avec lui) Rimbaud avait continué à écrire et avait retrouvé la sérénité (tout comme lui, en prison).

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