Un plagiat peut en cacher un autre [Ducasse et Bonald]

Plagiat, réécriture, correction, amélioration, collage ? Comment interpréter les éléments textuels repris et modifiés par Isidore Ducasse dans ses Chants de Maldoror et ses Poésies ? La bonne connaissance de ces principes de reprise permettrait de mieux comprendre la signification de l’œuvre. La découverte de ces reprises progresse régulièrement. Si l’on se cantonne aux Poésies, on conçoit généralement Ducasse comme un correcteur. N’écrit-il pas que le plagiat « efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste. » (II, 59). Il se contenterait alors d’appliquer cette méthode aux grands classiques et aux moralistes, comme Vauvenargues.

Parmi les reprises connues, figure celle de Vauvenargues :

« Les grandes pensées viennent du cœur. » (Vauvenargues, 127)

laquelle aurait été modifiée par Ducasse sous la forme :

« Les grandes pensées viennent de la raison ! » (Poésies II, 3).

Seulement, certaines reprises auraient-elles pu avoir été inspirées indirectement ? En effet, on lit dans un ouvrage de Bonald la maxime suivante :

« 9. Les grandes pensées viennent du cœur, dit Vauvenargues. Cette maxime est incomplète, et il aurait dû ajouter : les grandes et légitimes affectations viennent de la raison.[1] »

L’ouvrage, paru peu avant la publication des Poésies, a pu servir à Ducasse pour sa reprise. Si cette maxime est bien la source de Ducasse, il ne faut plus dire que Ducasse corrige Vauvenargues, mais que Ducasse corrige Bonald corrigeant Vauvenargues. Si Ducasse s’était inspiré de cette maxime de Bonald plutôt que de celle de Vauvenargues, cela signifie non pas uniquement qu’il veut innover en corrigeant les écrivains antérieurs, mais qu’il s’inscrit dans (ou se positionne en rapport avec) la tradition du commentaire apporté sur l’héritage intellectuel. « Rien n’est dit. L’on vient trop tôt depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes. Sur ce qui concerne les mœurs, comme sur le reste, le moins bon est enlevé. Nous avons l’avantage de travailler après les anciens, les habiles d’entre les modernes. » écrit Ducasse (II, 154). Tout est dit. C’est cette esthétique d’un progrès intellectuel constant que ce poète défend.

[1] Esprit de M. de Bonald ou recueil méthodique de ses principales pensées par M. Le duc de Beaumont, troisième édition considérablement augmentée d’après les manuscrits laissés par l’auteur, Paris : Librairie F. Wattelier et Cie, 1870, p. 4.

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